Cinq ans après le coup de force d’Assimi Goïta : le Mali sous le signe de l’incertitude
Cela fait exactement cinq ans, ce dimanche 24 mai, que le général Assimi Goïta a renversé les institutions maliennes par la force. Depuis ce jour, le pays peine à retrouver stabilité et sérénité. Entre recul des libertés fondamentales, intensification des violences djihadistes et isolement diplomatique, la situation des Maliens ne cesse de se dégrader.
Une insécurité qui s’aggrave malgré les promesses
Au lendemain du coup d’État, les autorités militaires avaient promis de rétablir la sécurité et de lutter contre les groupes armés. Pourtant, cinq ans plus tard, la situation reste chaotique. Le Jnim et l’État islamique étendent leur emprise sur des pans entiers du territoire, notamment dans le Nord. Les attaques se multiplient, comme celle de fin avril, la plus violente depuis 2012, où des rebelles touaregs et des djihadistes ont frappé simultanément.
Les populations locales, prises en étau, subissent quotidiennement les conséquences de cette instabilité. Les routes, autrefois fréquentées comme celle menant à Ségou, sont désormais des zones à haut risque. Les agriculteurs, contraints d’abandonner leurs terres, voient leurs moyens de subsistance disparaître. La crise sécuritaire, couplée à une croissance démographique explosive et aux effets dévastateurs du changement climatique, rend toute amélioration improbable à court terme.
Libertés en recul : la peur s’installe
La liberté d’expression et de la presse a également payé un lourd tribut. Critiquer le pouvoir ou exprimer des opinions divergentes expose désormais à des représailles. Plusieurs journalistes et figures de l’opposition ont été emprisonnés, tandis que d’autres ont choisi l’exil pour échapper à la répression. Les débats publics, autrefois animés, se font aujourd’hui plus discrets, sous la menace constante de la censure.
Ulf Laessing, directeur du programme Sahel de la fondation Konrad Adenauer, confirme cette évolution : « La répression s’est intensifiée. S’exprimer librement devient de plus en plus risqué. Même si des discussions franches restent possibles entre proches, les Maliens se montrent désormais bien plus prudents. Cette prudence est une critique directe à l’encontre du gouvernement. »
L’isolement du Mali et les limites de l’Alliance des États du Sahel
L’Alliance des États du Sahel, regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, avait été présentée comme une solution régionale pour faire face aux défis communs. Pourtant, face à la crise, cette solidarité affichée se révèle bien moins tangible que prévu. Lors des attaques de fin avril, les deux autres membres de l’Alliance n’ont apporté qu’un soutien symbolique, principalement par des frappes aériennes, sans engagement militaire concret.
Plusieurs facteurs expliquent cette retenue. D’abord, le Niger et le Burkina Faso, tout comme le Mali, font face à des menaces djihadistes endémiques. Ensuite, les ressources de ces pays, parmi les plus pauvres au monde, limitent considérablement leur capacité à soutenir un voisin en difficulté. Enfin, les tensions idéologiques et les rivalités internes au sein de l’Alliance affaiblissent sa cohésion.
La présence des mercenaires russes, autrefois présentée comme un renfort décisif, s’est avérée décevante. Leur retrait précipité de Kidal et d’autres localités du Nord, sans combat, a été perçu comme une humiliation pour Bamako. Leur brutalité a souvent aggravé la situation plutôt que de l’améliorer, alimentant les tensions avec les communautés locales.
Que veulent vraiment les Maliens ?
Malgré les critiques envers le régime d’Assimi Goïta, une partie significative de la population continue de le soutenir. Pourquoi ? Parce que les alternatives sont encore plus redoutées. Les Maliens rejettent catégoriquement l’idée d’un gouvernement djihadiste imposant la charia. Ils redoutent également le retour des anciennes élites politiques, souvent perçues comme corrompues et liées à des puissances étrangères.
« Les gens ne veulent ni de la charia ni des islamistes à Bamako », souligne Ulf Laessing. « Après les attaques de fin avril, personne n’a manifesté pour exiger la démission du gouvernement. Les Maliens savent pertinemment que l’alternative serait pire. »
Les réseaux sociaux, souvent accusés de propager des fausses informations, jouent un rôle ambigu. Ils amplifient à la fois la propagande pro-gouvernementale et les critiques de l’opposition. Pourtant, une chose est sûre : la jeunesse malienne, majoritaire et en quête de repères, semble plus encline à soutenir le pouvoir actuel qu’à risquer un chaos encore plus grand.
Un dialogue avec les djihadistes est-il envisageable ?
Face à l’échec des solutions purement militaires, certains observateurs évoquent la nécessité d’engager des négociations avec les factions les plus modérées parmi les groupes armés. L’objectif ? Trouver un compromis permettant de stabiliser certaines régions sans imposer la charia intégrale.
Ulf Laessing rappelle que les djihadistes locaux ne sont pas des étrangers venus pour semer la terreur : « Ce sont des Maliens qui se battent pour des droits fondamentaux comme l’accès à l’eau ou à la terre. À un moment donné, il faudra dialoguer avec eux. »
Cette approche, déjà testée en Mauritanie, a permis d’apaiser certaines tensions. Il ne s’agit pas de céder aux exigences extrémistes, mais de trouver un équilibre acceptable pour la population. Une fois la stabilité retrouvée, l’État pourrait alors reprendre le contrôle et reconstruire.
Un avenir incertain pour le Mali
Cinq ans après le putsch, le Mali reste un pays sous tension. Entre insécurité persistante, libertés réduites et isolement diplomatique, les défis sont immenses. Le pouvoir militaire, malgré ses promesses, n’a pas réussi à inverser la tendance. Les populations, résignées, semblent prêtes à accorder encore un peu de temps à Assimi Goïta, par crainte d’un avenir encore plus sombre.
La question n’est plus de savoir si le gouvernement actuel parviendra à rétablir la paix, mais plutôt combien de temps les Maliens seront prêts à endurer cette situation avant que la colère ne l’emporte sur la résignation.